Je suis enseignante…et j’aime ça !

𝟏. 𝐀𝐜𝐜𝐮𝐞𝐢𝐥, 𝐜𝐨𝐧𝐭𝐞𝐱𝐭𝐞 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐬é𝐚𝐧𝐜𝐞 𝐞𝐭 𝐟𝐢𝐱𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐝𝐞 𝐥’𝐨𝐛𝐣𝐞𝐜𝐭𝐢𝐟

J’ai réalisé une séance d’Intégration Motrice Primordiale avec une accompagnante certifiée. À ce moment-là, j’avais moi-même suivi plusieurs stages d’IMP.

Lors de cette séance, j’étais épuisée émotionnellement. Je suis professeur de mathématiques en collège depuis 16 ans. J’ai donc décidé d’orienter cette séance sur l’amélioration de mon quotidien de professeur.

J’ai commencé à parler de mon travail et de mes ressentis face à ce travail. En cours, je me focalise toujours sur l’élève qui ne travaille pas, que je n’arrive pas à motiver, qui arrête de travailler dès que je m’éloigne, qui ne connaît pas sa leçon… Cela me donne le sentiment d’être une « mauvaise » professeure, de mal faire mon travail, de ne pas assez m’adapter, de ne pas assez le motiver pour qu’il apprenne son cours. Dans mon milieu professionnel, ma hiérarchie apprécie mon travail, mais j’ai l’impression de ne jamais en faire assez, j’ai le « syndrome de l’imposteur ».

Après avoir échangé, nous avons formulé l’objectif suivant :

« 𝐉𝐞 𝐦𝐞 𝐫é𝐣𝐨𝐮𝐢𝐬 𝐝𝐞𝐬 é𝐥è𝐯𝐞𝐬 𝐪𝐮𝐢 𝐭𝐫𝐚𝐯𝐚𝐢𝐥𝐥𝐞𝐧𝐭 »🌈

𝟐. 𝐏𝐫é-𝐨𝐛𝐬𝐞𝐫𝐯𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧𝐬

a̲.̲ ̲M̲i̲s̲e̲ ̲e̲n̲ ̲s̲i̲t̲u̲a̲t̲i̲o̲n̲ ̲d̲e̲ ̲l̲’̲o̲b̲j̲e̲c̲t̲i̲f̲

L’accompagnante me demande de lui raconter mon cours du matin avec les 3ᵉ. Ils devaient faire des exercices et s’auto-corriger. Je lui parle donc de l’élève qui ne travaille pas, qui attend que l’heure passe. Quand je suis à côté de lui et que je lui explique, il travaille, mais dès que je m’éloigne pour aller aider un autre élève, il s’arrête. Je me sens impuissante. Je ne sais pas comment faire pour faire travailler cet élève tout en pouvant m’occuper des autres. J’ai l’impression de ne pas savoir enseigner, de ne pas assez adapter mes cours, de ne pas être suffisamment disponible pour cet élève.

L’accompagnante me demande ce que font les autres élèves. Je lui réponds qu’ils travaillent, qu’il n’y a pas de soucis. Je reste focalisée sur l’élève qui ne travaille pas et je ne vois pas les 26 autres qui travaillent avec le sourire en échangeant avec leurs pairs.

b̲.̲ ̲O̲b̲s̲e̲r̲v̲a̲t̲i̲o̲n̲s̲ ̲d̲e̲s̲ ̲r̲é̲f̲l̲e̲x̲e̲s̲ ̲p̲r̲i̲m̲o̲r̲d̲i̲a̲u̲x̲

✘ Réflexe de protection (RDP) : 50% d’intégration. J’ai ressenti une contraction dans le mollet droit. Mes genoux étaient quasiment verrouillés. Dans la situation en question, je ressens cette tension corporelle et je me sens seule responsable du manque de travail de l’élève. L’équilibre du RDP pourrait m’aider à aller de l’avant pour trouver mes solutions et pourrait me rendre davantage disponible aux autres élèves.

✘ Radiation du nombril : 25% d’intégration. Je suis partie en arrière dès que l’accompagnante a posé sa main au niveau de mes épaules et de mes hanches. Dans cette situation, mon centrage n’est pas en place (organisation proximo-distale).

✘ Réflexe de paralysie par la peur (RPP) : 25% d’intégration. Intégrer le RPP pourrait m’aider à mettre en route ma créativité pour m’adapter à cette situation plutôt que de rester figée et de ressentir de l’impuissance.
– Observation de la marche : j’ai eu besoin de rire nerveusement quand l’accompagnante s’est approchée de moi.
– Observation des tapotements de Masgutova : je me suis sentie oppressée lors de ces légers tapotements sur mon corps.
– Observations sensorielles en position allongée : j’ai sursauté quand elle a fait les légers tapotements au sol de part et d’autre de ma tête (stimulation auditive).

✘ Réflexe d’agrippement palmaire : 25% d’intégration. À l’observation sensorielle dans la paume de la main, j’ai ressenti des chatouilles et j’ai eu besoin de me frotter les mains des deux côtés. Je ressens dans cette situation que je suis « agrippée », focalisée sur le jugement sévère que je me porte et sur le fait de vouloir en faire toujours davantage pour cet élève.

✘ Réflexe de fouissement : 75% d’intégration. J’avais une légère sensibilité sur ma joue droite.
✘ Réflexe paume-bouche de Babkin : 75% d’intégration. J’ai ressenti une tension dans ma mâchoire lors de la pression dans les paumes de mains. J’aimerais pouvoir me féliciter de ce que je fais déjà pour cet élève et pour les autres. L’intégration des réflexes du visage soutiennent le sentiment de sécurité et de satisfaction.

✘ Réflexes de Moro, Babinski, d’agrippement plantaire, d’allongement croisé, de redressement statique, de retournement segmentaire, spinal de Pérez, spinal de Galant, réaction de Landau, réflexe amphibien, réflexe tonique symétrique du cou (RTSC), réflexe tonique labyrinthique (RTL), réflexe d’envol et d’atterrissage, réflexe de succion : 100% d’intégration.

c̲.̲ ̲É̲c̲h̲a̲n̲g̲e̲ ̲a̲u̲t̲o̲u̲r̲ ̲d̲e̲s̲ ̲o̲b̲s̲e̲r̲v̲a̲t̲i̲o̲n̲s̲

Nous sélectionnons deux réflexes autour desquels nous échangeons plus précisément : le RPP et l’agrippement palmaire.
Un RPP intégré me permettrait de soutenir les sentiments de confiance, de satisfaction dans mon travail et réduirait la menace perçue dans cette situation. Cela me permettrait d’être plus libre dans mon expression et mes actions, de diriger mon attention et mon implication.

L’intégration de l’agrippement palmaire pourrait soutenir mon aptitude à lâcher prise sur ce qui ne dépend pas de moi et à prioriser mes actions sur les situations dans lesquelles je peux avoir un impact. Je mets déjà en place des activités pour soutenir l’intégration de ce réflexe, car je sais qu’il s’active régulièrement. L’accompagnante émet l’hypothèse que sa présence peut être consécutive à l’activation du RPP, ce qui fait sens pour moi.
Je décide donc pour cette séance de viser l’équilibre du RPP, car je pense que ses manifestations teintent négativement l’image et l’estime que j’ai de mon rôle de professeur.

𝟑. 𝐌𝐞𝐧𝐮 𝐝’𝐢𝐧𝐭é𝐠𝐫𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧

Nous décidons pour remodeler ce réflexe d’utiliser la procédure d’intégration tactile du corps de Svetlana Masgutova. Il s’agit d’un remodelage sensoriel global qui dure plus d’une heure. Je suis allongée sur le dos, puis dans la seconde partie de la procédure sur le ventre. L’apprenante réalise les différentes étapes : lissages, étirements des membres, pressions profondes, mobilisations articulaires, activation du centre. C’est un équilibrage proprioceptif global qui éveille la conscience et l’unité corporelles, d’où émerge le sentiment de sécurité corporelle et par voie de conséquence émotionnelle.
J’ai énormément apprécié cette intégration. À la fin, je me sentais détendue, apaisée. J’étais prête à retourner en cours pour observer les changements !

𝟒. 𝐏𝐫𝐨𝐠𝐫𝐚𝐦𝐦𝐞 𝐝’𝐚𝐜𝐭𝐢𝐯𝐢𝐭é𝐬

L’accompagnante m’a fait choisir plusieurs mouvements à pratiquer à la maison :

✘ Les tapotements (Masgutova). Il s’agit de tapoter des paires de points bilatéralement sur plusieurs endroits du corps, à un rythme précis. Les résonances que cela procure m’apaisent.

✘ Les auto-bercements sur le dos, jambes fléchies. Cette activité rythmée procure une douce stimulation vestibulaire, un relâchement musculaire (notamment de la région du bassin et des cervicales) et un ancrage des pieds dans le sol.

✘ Les 4 phases de l’activation tactile de l’agrippement. L’idée est de ressentir les étapes par lesquelles le réflexe se développe et mature.

𝟓. 𝐏𝐨𝐬𝐭-𝐨𝐛𝐬𝐞𝐫𝐯𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧𝐬

a̲.̲ ̲R̲e̲m̲i̲s̲e̲ ̲e̲n̲ ̲s̲i̲t̲u̲a̲t̲i̲o̲n̲ ̲d̲e̲ ̲l̲’̲o̲b̲j̲e̲c̲t̲i̲f̲

Je me dirige vers l’élève qui ne travaille pas et je me sens sereine. Je vais continuer à l’aider, mais j’accepte le fait de ne pas pouvoir travailler à sa place. Mon rôle est de lui expliquer, de l’intéresser. Ma responsabilité est de faire 50 % du travail, à lui de faire les 50 % restant.

b̲.̲ ̲P̲o̲s̲t̲-̲o̲b̲s̲e̲r̲v̲a̲t̲i̲o̲n̲ ̲d̲u̲ ̲R̲P̲P̲

Nous avons refait l’observation de la marche. Je n’avais plus envie de rire quand l’apprenant s’est avancée vers moi et j’étais sereine pour avancer vers elle et la laisser s’approcher.

À 𝐥𝐚 𝐬𝐮𝐢𝐭𝐞 𝐝𝐞 𝐜𝐞𝐭𝐭𝐞 𝐬é𝐚𝐧𝐜𝐞

J’ai réalisé les 3 activités de mon programme quotidiennement durant plusieurs semaines.

Quelques mois plus tard, j’ai fait le stage d’IMP Nés pour aimer, ce qui m’a permis de poursuivre l’intégration du RPP car c’est un des principaux thèmes abordés. À la fin de ce stage, j’ai ressenti une réelle confiance en moi et en mes capacités. Pour la petite anecdote, je portais toujours un foulard autour du cou et quand je l’enlevais, je tombais malade. Le dernier jour du stage, je me suis aperçue que le foulard me gênait. J’avais l’impression qu’il m’empêchait de respirer et de parler. Je l’ai enlevé sans jamais le remettre et je ne suis pas tombée malade ! Depuis, j’ai également observé que dans ma vie quotidienne j’ose davantage m’exprimer et m’affirmer.

Pour continuer à soutenir l’intégration de mes réflexes de manière globale, je pratique environ 2 fois par semaine avant de partir au travail les réinitialisations primordiales (RESET – Approche Original Strenght de Tim Anderson). J’apprécie entre autres énormément les retournements et j’ai l’impression que mon corps les réclame. Je me sens mieux dans mon corps et dans ma tête.

Enfin, j’apprends aussi à observer l’expression des réflexes chez mes élèves. Je comprends que l’élève qui ne travaille pas à lui aussi un manque de confiance, a sans doute des réflexes de protection actifs. Maintenant, je place ces élèves dos au mur ou au fond de la salle (cette suggestion pédagogique avait été abordée dans les cours d’IMP). Je remarque qu’ils participent davantage à l’oral. Quand il faut écrire, cela peut rester compliqué, mais à l’oral, ils s’impliquent, ils travaillent. J’ai également mis en place avec mes élèves l’ECAP (activité de Brain Gym) au début de chaque heure de cours et tout le monde est plus serein. J’ai moins besoin d’intervenir au niveau des comportements. Les élèves apprécient cette activité. Ils commencent même à la pratiquer en autonomie en début d’heure et la réclament si j’oublie ! Cela nous permet de nous mettre au travail de façon détendue avec un cerveau disponible pour les apprentissages.