Contexte : l’apprenant est lui-même accompagnant en IMP
Préparation personnelle en amont de la séance
Choix de l’objectif
Pratiquant du sport depuis de nombreuses années, je ne manque pas de situations que j’aimerais faire évoluer. Ancien gymnaste de 9 à 15 ans, je suis passé à l’aviron jusqu’à haut-niveau (équipe de France) jusqu’à 24 ans. Puis arrivé dans le Jura, j’ai développé ma pratique du ski de fond en style skating puis en style classique (plus exigent sur le « toucher de neige ») et j’y trouve beaucoup de similitudes avec l’aviron. J’ai également découvert la pratique du Wing Foil l’été dernier qui me procure une très agréable sensation de glisse et qui me demande de maîtriser mes appuis à l’extrême. L’été, c’est l’aviron et le Wing Foil et l’hiver, c’est le ski !
À la reprise de l’aviron au printemps, un défaut que j’ai depuis plus de trente ans me saute de nouveau aux yeux : mon bras droit tracte la rame en la faisant légèrement sortir de la dame de nage (support de la rame). C’est comme si mon bras droit se fléchissait excessivement quand je tire la rame vers moi. De ce fait, je dois à chaque coup repousser la rame pour la replacer correctement. J’essaie de corriger ce « bug » en vain : c’est rageant de ne pas être maître de son corps, d’autant plus dans un sport auquel on est au niveau expert ! J’ai donc le projet de réaliser ma séance d’IMP dans le but de développer un fonctionnement plus efficient dans cette situation d’aviron.
Observations corporelles
La veille de ma séance d’IMP, je réalise mes propres observations intérieures en utilisant les 3 dimensions de l’espace, (outil d’observation issu de l’Éducation Kinesthésique, qu’il nous arrive d’utiliser en IMP).
Observation des 3 dimensions non spécifique (« en neutre », sans objectif ) :
- Dans la dimension du centrage, je suis légèrement instable vers le haut.
- Dans la dimension de la focalisation, je ressens une instabilité vers l’avant.
- Dans la dimension de la latéralité, j’ai une tension dans tout le côté droit du corps quand j’augmente l’appui à droite.
Observation des 3 dimensions spécifiques au Wing Foil :
Je me suis amusé à mimer l’activité du Wing Foil : debout, membres inférieurs légèrement pliés, les bras en l’air pour tenir la voile, tout en oscillant d’un pied à l’autre pour mimer la balance sur mes appuis en fonction de l’instabilité de la planche. Immédiatement après cette scène, j’ai observé les 3 dimensions de l’espace :
- La dimension du centrage est en équilibre.
- La dimension de la focalisation est relativement stable, mieux que lors de l’observation précédente.
- La dimension de la latéralité est le plus flagrant dans l’amélioration de la stabilité par rapport à l’observation de cette dimension sans objectif. Je comprends alors que la pratique du Wing Foil est équilibrante pour moi, elle est comme un antidote ! Je m’aperçois donc au travers de ces observations qu’il est important pour moi de sortir de mon sport habituel pour continuer d’apprendre. Bien qu’étant débutant avec encore beaucoup de chutes et d’imperfection : les progrès sont constants. J’ai même investi dans un plateau d’équilibre pour continuer à progresser à la maison (photo ci-dessous), ce qui est très enthousiasmant à pratiquer.

Observation des 3 dimensions spécifiques à l’aviron :
Le second mime que je réalise est la situation en aviron que je souhaite aborder lors de ma séance. Pour cela, je m’assieds au sol puis effectue des extensions de membres inférieurs en pliant les bras et basculant légèrement le dos vers l’arrière (proche du schème du réflexe tonique symétrique du cou (RTSC) mais sans avoir la tête qui se déplace en flexion et en extension) A la suite, j’observe les 3 dimensions de l’espace :
- La dimension du centrage : idem à l’observation sans objectif, voire un peu plus stable.
- La dimension de la focalisation : idem
- La dimension de la latéralité : surprise, je perçois que je suis beaucoup moins à l’aise en comparaison à l’observation sans objectif. Je réalise que ce n’est pas la pratique dans laquelle je me sens expert qui est la plus fluide pour mon corps : c’est une découverte !
Cette recherche intérieure m’a déjà permis de mettre le doigt sur la dimension qui a le plus besoin d’équilibre lors de ma pratique de l’aviron. J’ai maintenant besoin de l’accompagnant pour identifier précisément les schèmes moteurs à équilibrer, correspondant à des réflexes archaïques ou des réflexes de vie non intégrés.
Je proposerai donc à mon accompagnant un objectif comme « je garde ma rame babord dans la dame de nage tout au long du coup d’aviron ». C’est bien un objectif PACE (positif, actif, clair, énergisant), car j’ai une vraie joie à faire cette activité sur nos lacs magnifique (déconnexion mentale garantie !) et sensation de voler au-dessus de l’eau. Même après 30 ans de pratique, c’est une joie renouvelée. De plus, j’ai réalisé que ce ne sont pas seulement les nouvelles activités qui me mettent au défi dans ma vie, mais également celle que je pratique depuis longtemps…
La séance
Accueil et objectif
Me voilà au rendez-vous et j’expose à l’accompagnant le préambule ci-dessus. Je précise aussi avec lui que cette difficulté gestuelle survient d’autant plus quand je rame en pointe (aviron avec une seule rame). Dans cet aspect de la discipline, nous sommes au minimum deux. Mon collègue rameur habituel a la fâcheuse tendance de se latéraliser sur sa bordée quand il est sur l’avant du coup d’aviron (membres inférieurs fléchis, tronc en avant, bras tendu, regard vers l’horizon). Normalement, le geste est asymétrique (le bras intérieur et davantage fléchi que l’autre, voir photo ci-contre). Cependant, quand je suis en skiff (aviron en solo) je maintiens cette tension de mon côté intérieur (à droite) : ce qui provoque la traction inadéquate de ma rame.
Pour viser l’équilibre dans la collaboration entre les deux côtés de mon corps, nous nous accordons sur la formulation suivante de mon objectif :

« Je rame en équilibre tout au long du coup d’aviron ».
Pré-Observations de l’objectif
Mise en situation corporelle de l’objectif :
Je mime le geste au sol en réalisant une extension des membres inférieurs, suivi d’une extension du tronc en terminant par une flexion des bras. Comme mon accompagnant veut me challenger (il sent bien le compétiteur que j’ai été) : il me propose de faire le même geste sur un plateau à bascule.
L’exercice est très différent, car je n’ai ni rame, ni cale pieds, mais je m’aperçois que mon corps est davantage sur le côté droit que sur le côté gauche, associé à une tension plus forte dans tout le tronc à droite. Il me propose une observation en position assise, jambes allongées et écartées devant et il me pousse en avant/en arrière/sur les côtés, en alternance, pour observer mes réactions : j’ai une bonne réactivité, j’ai la sensation de maîtriser le déséquilibre, mais il perçoit une très légère difficulté à se laisser aller vers la gauche (ce qui correspond à mon ressenti en bateau).
Observation des réflexes primordiaux :
Position debout :
- Rayonnement du nombril : nous prenons bien le temps d’observer subtilement les connexions de des six branches avec mon centre. Nous percevons que tout le côté droit répond moins bien à sa légère pression.
- Réflexe tonique asymétrique du cou (RTAC), réflexe de Moro, réflexe tonique labyrinthique (RTL) : 100 % d’intégration.
Position couchée :
- Réflexe de Babinsky, réflexe d’allongement croisé, réflexe de redressement statique, réflexe d’agrippement palmaire, réflexe de Babkin, RTL couché, réaction de Landau, réflexe de parachute : 100 % d’intégration
- Réflexe de traction des bras : manque d’utilisation des bras selon la perception de l’accompagnant. Je ne ressens pas la même chose. On répète plusieurs fois et ça lui semble plus harmonieux.
- Réflexe amphibien : intégré à gauche, mais « comme un tronc » à droite (la jambe reste raide quand il tente de me retourner à partir du bassin). Idem en position allongée sur le ventre.
- Réflexe de retournement segmentaire : intégré à gauche et très difficile de me laisser aller à droite, surtout au niveau de l’épaule droite.
Position 4 pattes :
- RTAC, réflexe tonique symétrique du cou (RTSC), réflexe spinal de Galant : 100 %
Position assise :
- Redressement de la tête problématique avec les yeux ouverts (mieux avec les yeux fermés) : la tête se penche avec le tronc sur la gauche.
Choix du réflexe à intégrer
C’est très agréable de réaliser ensemble cet état des lieux de la maturation des réflexes. De plus, son observation de psychomotricien est une vraie richesse, je sens qu’il a l’habitude d’observer les mouvements. Il pratique souvent les observations de réflexes dans sa pratique, il les maîtrise bien et il sent que je vais l’emmener sur un terrain moins aisé pour lui, comparé au public qu’il a l’habitude de recevoir. Il me propose le remodelage du réflexe du rayonnement du nombril ou de réflexe de traction des bras. Dans mon ressenti, je trouve qu’il me manque les rotations du corps. C’est une organisation corporelle non utilisée en aviron, car le mouvement est homolatéral.
Je choisis de remodeler le réflexe de retournement segmentaire,car la connexion entre les deux côtés, la synchronisation haut/bas, l’activation des diagonales du tronc me parlent davantage.
Menu d’intégration
- L’accompagnant débute par une intégration isométrique du réflexe amphibien (pour soutenir le réflexe de retournement segmentaire). En position allongée sur le ventre, nous connectons mon bassin en relevant la fesse du côté du membre inférieur fléchi, tout en me stabilisant l’épaule homolatérale : je réalise 3 bonnes contractions de chaque côté.
- Ensuite, nous passons debout pour faire directement l’intégration isométrique du retournement segmentaire.
- Puis, il m’accompagne dans les activations axiales dans tous les sens : les diagonales, les homolatérales, les deux épaules, les deux hanches… et là, je m’étonne sur une diagonale. Quand il me demande d’avancer le côté droit du bassin dans sa main et de pousser l’épaule gauche en arrière : mon épaule droite se met quasi instantanément à se relâcher. C’est comme si l’activation de cette diagonale était venue éteindre un interrupteur qui ne cessait de faire se contracter mon épaule droite : génial !
- L’accompagnant veut me challenger en poursuivant la pratique des activations axiales sur le plateau d’équilibre : cela me met en difficulté, et la faiblesse de la même diagonale se confirme. Nous équilibrons cette diagonale.
Post-Observations
Post-observations des réflexes :
- Le retournement segmentaire : le côté droit se laisse davantage aller avec l’épaule qui suit le mouvement quand il bascule mes jambes latéralement. Le bassin et le genou se laissent aller dans le mouvement. Quand il me soulève l’épaule droite, je ressens aussi que c’est plus facile.
- L’amphibien est plus simple à réaliser sur le dos à l’image du retournement segmentaire.
- La radiation du nombril est plus connectée sur le côté droit aussi.
Post-observation de la mise en situation de l’objectif :
Je sens mon épaule droite plus légère, idem avec le plateau d’équilibre, mais je sens que c’est encore à consolider. Cela fait tellement d’années que j’ai ancré ce fonctionnement de rameur que je comprends bien que j’ai encore du travail. Je suis motivé à continuer de faire progresser ce ressenti.
La pratique de ces simples diagonales est une révélation pour moi. J’ai hâte de poursuivre la pratique chez moi tant c’est simple et enthousiasmant de reconnecter son corps quand on a « perdu l’interrupteur ».
Programme d’activités à pratiquer à la maison
- Les retournements sur le dos-ventre et ventre-dos de l’approche Original Strenght, initiés par le haut et par le bas du corps.
- L’activité La chouette de Brain Gym pour détendre les trapèzes.
- L’activité Activation du bras de Brain Gym pour connecter le bras à l’épaule et au centre du corps.
- La pandiculation des épaules en les élevant très haut puis en les relâchant le plus doucement possible.
- Pour renforcer le rayonnement du nombril : l’activité de l’étoile de mer en étirant alternativement chaque membre puis en diagonale.
- L’horloge du bassin (approche Somatics) qu’il me fait découvrir : en position allongée sur le dos ; les membres inférieurs fléchis. Le bassin vient très progressivement faire une antéversion (c’est le point haut du cadran à 12h), puis retour au centre plusieurs fois très lentement. Ensuite le bassin se met en rétroversion (c’est le point bas à 6h) puis retour au centre plusieurs fois toujours lentement en étant attentif aux saccades. Puis, à partir de la position à 12h, on emmène le bassin sur la droite pour aller chercher la position à 3h. Retour par 12h plusieurs fois. Retour au centre un moment pour prendre le temps de bien sentir ce qui se passe. On fait ensuite le même processus en partant de 6h pour aller vers 3h. A la fin de cette exploration sur tout le côté droit, il me demande d’étendre doucement mes jambes : et là je ressens tout le membre inférieur droit plus bas et plus long que l’autre. Pour ne pas repartir bancale, je poursuis la même activité avec tout le côté gauche. On termine avec un tour complet de l’horloge.
Ce fut une séance avec une belle prise de conscience au travers de la connexion aux retournements que je croyais pourtant acquis. Mon objectif a fait ressortir cette amnésie sensorimotrice que j’avais négligée. L’aviron est un sport fantastique, mais très homolatéral et a tendance à faire « oublier » corporellement les capacités rotatoires dans mon cas. Je vais prendre le temps de faire et refaire ces mouvements pour moi ainsi que les proposer aux adhérents que je coache.
Après la séance
- Lors du trajet retour en voiture pour rejoindre ma montagne, je poursuis la pratique en m’amusant à mobiliser les diagonales sur mon siège auto et à faire aussi des mouvements du bassin dans différentes directions comme l’horloge.
- Arrivé chez moi, je refais les post observations des 3 dimensions de l’espace :
Sans objectif : je suis plus stable dans les 3 dimensions.
Avec objectif (suite au mime du rameur) : idem
- Le soir même, je me surprends à ne plus ressentir une tension en bas du dos quand je restais longtemps assis sur un pouf. Le lendemain matin au réveil, quasiment aucune tension habituelle au lever, je n’en demandais pas tant !
Réflexion : bien qu’ayant pratiqué la plupart de ces mouvements depuis mes débuts en IMP, je m’étonne de ne pas avoir ressenti un tel effet. Selon moi, voici deux éléments clefs qui ont rendu possibles les bénéfices que j’ai ressentis :
– Mettre la séance au service d’un objectif PACE, qui m’a pris du temps de recherche corporelle et qui allait m’impliquer dans une pratique régulière : comme on dirait en médecine chinoise « l’intention guide l’énergie ».
– Ma motivation sincère dans la joie et la curiosité d’aller brancher une compétence qui s’était « endormie ».
Merci à l’IMP pour ces découvertes !